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Comprendre la surprescription


La surprescription désigne l’émission d’ordonnances pour un nombre trop important ou inadéquat de médicaments, souvent au mépris des recommandations scientifiques ou du rapport bénéfices/risques pour le patient. En France, la consommation de médicaments reste parmi les plus élevées d’Europe, notamment chez les personnes âgées : on estime que 54 % des résidents en Ehpad et 25 % des seniors vivant à domicile reçoivent des prescriptions jugées inappropriées.

Facteurs favorisant la surprescription

  • Le vieillissement démographique conduit à une poly-médication chronique, favorisant la prise concomitante de nombreux traitements, pas toujours justifiés ou coordonnés entre professionnels de santé.
  • La pression des patients, notamment pour les troubles du sommeil ou des infections bénignes, incite souvent les médecins à prescrire sous demande sociale, même en l’absence d’indication avérée.
  • L’organisation du système de soins, combinée aux habitudes médicales et à une faible culture de la déprescription, compliquent l’adoption d’une approche plus raisonnée du médicament.

Conséquences de la surprescription

  • Sur le plan clinique, la multiplication injustifiée des médicaments augmente le risque d’interactions médicamenteuses, d’hospitalisations en urgence, et d’événements indésirables iatrogènes : 44 % des accidents graves liés aux soins sont attribuables au risque médicamenteux évitable, devant les infections nosocomiales .
  • L’enjeu économique est notable, les dépenses pour les médicaments représentant une part importante du budget santé, avec une augmentation de 9 % des coûts entre 2021 et 2022 en France .
  • D’un point de vue environnemental, 17 600 tonnes de médicaments non utilisés ont été jetées en 2018, contribuant à la pollution aquatique et à l’antibiorésistance.
  • Les impacts psychologiques et sociaux incluent la dépendance aux médicaments, un moindre recours à la prévention non médicamenteuse, et une perte d’autonomie du patient dans la gestion de sa santé.

Les réponses politiques et professionnelles

  • La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2025 intègre de nouveaux critères de pertinence des prescriptions et conditionne certains remboursements à la justification clinique sur l’ordonnance, pour les traitements à fort enjeu de santé publique .
  • Les établissements de santé doivent dorénavant intégrer la lutte contre la surprescription et l’iatrogénie dans leurs indicateurs de qualité, avec des incitations financières à la réduction des événements médicamenteux indésirables.
  • L’Assurance maladie en collaboration avec les syndicats médicaux valorise la déprescription, consistant à réduire ou à cesser certains médicaments après évaluation des risques, dans le cadre d’une approche concertée entre médecins, pharmaciens et patients.
  • La formation initiale et continue des professionnels de santé, ainsi que l’information des usagers, sont désormais renforcées pour promouvoir une culture de la déprescription et l’usage raisonné des prescriptions.

Vers une culture de la déprescription

La réponse à la surprescription ne peut être ni strictement individuelle ni purement réglementaire ; elle repose sur une mobilisation collective associant les usagers, les professionnels, les institutions et la recherche médicale. Développer des outils partagés, intégrant pharmaciens et médecins, en ville comme à l’hôpital, apparaît aujourd’hui comme une priorité de santé publique en France.

Grâce aux réformes récentes et à la prise de conscience du secteur, la lutte contre la surprescription s’impose désormais comme un axe majeur d’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins.

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